1997- Biélorussie

Le 10 août 1997, 10h, nous rejoignons à bord de nos 2CV jaunes lourdement chargées, le parking de l'institut Notre Dame de Jupille où sont réunis nos familles, nos amis et quelques "deuchistes". A 10h50, l'émotion est à son comble et nous quittons Liège dans nos petits souliers, escortés par quelques-uns.

L'aller est prévu en trois étapes dont les longueurs varièrent par rapport aux prévisions du planning. Le premier jour, 811 km en 14 heures; le second, 494 km en 10 heures; le troisième, 941 km en 21h30 dont 5 heures d'attente à la frontière biélorusse (passage rapide grâce à un laissez-passer de l'ambassade belge à Varsovie!). la seule grosse perte de temps est notre détour de 200 km pour cause de frontière biélorusse fermée, sans compter le temps pour la file au payage de la frontière (1h) et à son passage (5h). nous sommes alors obligés de rouler de nuit dans un pays inconnu, avec des routes encombrées de pièges de toutes sortes (bois, vaches, poules, loups, charrettes ou ivrognes couchés sur la route…) et où nous croisons aucune pompe à essence. Les quelques rares panneaux routiers sont écrits en cyrillique.

Malgré ces nombreux pièges, nous arriverons vers 3h30 dans un village et trouverons (par hasard) la maison que nous cherchons. A 7h00, les premiers villageois nous rendent déjà visite dans la petite pièce qui nous sert de chambre. Chacun veut nous inviter à manger ses maigres provisions, nous présenter sa famille, nous servir de guide,… le pays est magnifique, les rares véhicules à moteurs qui roulent sont les Mercedes noires de la mafia, les Volga noires des dirigeants, quelques vieilles Lada ou Moskovit pourries et nos 2CV jaunes. Pour le reste, il n'y a que des vélos et charrettes à chevaux. Le temps s'est arrêté il y a quelques dizaines d'années.

Tous les 50 km, il y a un contrôle de la milice (police) qui inspecte nos passeports, et il faut de temps en temps payer pour les récupérer ou garder notre cargaison. Nous sommes même obligés de signaler nos déplacements hors du village et de rempli une sorte de feuille de route lors de notre séjour.

Partout l'accueil est identique, le partage du pain avec du sel, la vodka et de temps en temps, la bière locale de1/2 litre qui varie entre 13° et 15°. La zone est complètement irradiée. A l'entrée des villages, nous croisons un panneau avec le sigle radioactif. Mais les gens n'ont nulle part ailleurs où aller, et continuent de vivre des produits de leur terre… contaminée. Ils n'ont pas le choix, la vie est trop chère (ex: le salaire moyen est de 25 à 35 dollars et une bouteille de coca coûte 12 dollars). Le chômage ,'existe pas, le niveau d'alcoolisme est élevé et la corruption omniprésente. Mais il y a la volonté de la jeunesse de s'en sortir, ils ont faim de connaître la vie au-delà de leur frontière. Pour eux, le mur existe toujours, rien n'a changé!

Mais déjà, nous devons penser au retour car notre visa expire dans deux jours et il n'y a pas d'ambassade de Belgique en cas de problème. Le 30 août 1997, vers11h, nous arrivons au parking du départ, quitté 20 jours plus tôt après avoir parcouru 6.997 km.

Un clin d'œil à Claudy, Renée (parrain et marraine des 2CV et du groupe) et à toute l'équipe.

Une phrase (modifiée) d'André Citroën: "Pour faire Jupille-Slavgoroth, le plus difficile n'est pas d'atteindre Slavgoroth, mais plutôt de quitter Jupille…".

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